Francine Cockenpot

"Chanter donne une lumière aux
choses de la vie.

Chanter rassemble et aide à
s'aimer"

Francine Cockenpot

Francine Cockenpot est née dans le Nord de la France quelques jours après l'armistice de 1918, ce qui lui a valu son prénom. Son père, architecte, est spécialisé dans la reconstruction des églises de Flandre démolies par la guerre. Elle grandit dans une atmosphère artistique mais rigide et d'autant plus sévère qu'elle est fille unique.

A quinze ans, Francine rencontre le scoutisme et, très vite, cette grande fille aux cheveux d'ébène se révèle une animatrice exceptionnelle et infatigable. Elle découvre dans ce guidisme des années 30 l'amitié, la fidélité à toute épreuve, la joie de vivre, le sens des autres...Les Guides de France (nom féminin des Scouts de France) chantaient beaucoup. A cette époque, leur répertoire était pauvre, et surtout mal adapté à leur féminité.

Alors Francine crée des chansons pour alimenter et renouveler ce répertoire. Elle les compose sur la route, en préparant une veillée ou un feu de camp, au lever, au coucher... Tout est source d'inspiration : la nature qui l'entoure, les activités, l'amitié, la tendresse, la prière. Elle apporte ainsi aux jeunes des textes musicaux qui chantent la vie de tous les jours, la joie d'être ensemble, les difficultés dont on se joue, tout ce qui fait une vie où "l’amour est plus fort que la haine", mais aussi une vie respectueuse d'un idéal fraternel et chrétien. Et c'est ainsi que naissent parmi tant d'autres : "Colchiques dans les prés", "La route d'amitié", "Au bord de la rivière", "Notre-Dame des arbres", "En cueillant la violette"... A travers ces chants, Francine laisse apparaître sa sensibilité, son enthousiasme, son amour de la mer (où elle a passé une partie de son enfance), son amour des arbres, des fleurs, du vent, mais aussi son charme et son humour .

En 1939-40, elle connaît la guerre. Dans cette Flandre occupée et meurtrie, Francine travaille avec tous les mouvements de Jeunesse au service des populations sinistrées. Elle rencontre la souffrance, les séparations, la mort. Ses compositions poétiques et musicales prennent alors une certaine gravité : "Evacuation", "Brumes du Nord", "Memento de France", "C'était mon frère". Dès la fin de la guerre, Francine s'adresse aux "Editions du Seuil" pour faire paraître ses chants. Ils sont édités sous la forme de petits livrets, pratiques à manipuler, et qui portent chacun un titre révélateur de leur contenu : "Joie", "Vent du Nord", "Fleur de mousse", "Moissons", "Mariales", etc. Dans les premières années après la guerre, Francine est envoyée en mission par le Guidisme dans les pays du Maghreb : Algérie, Maroc, Tunisie. Elle y travaillera au service de la jeunesse musulmane. De 1952 à 1965, elle sera chargée par le protectorat français puis par le gouvernement marocain de former les cadres de la promotion féminine, tâche que l'UNESCO lui permettra de poursuivre en Tunisie de 1965 à 1969. Ses chants reflètent alors le soleil, le désert, les palmiers et les agrumes... Les mélodies se modulent, influencées par les chants africains. Francine restera profondément marquée par ces années passées en terre d'Islam. A son retour en France, elle est nommée Conseillère en animation socio-culturelle à la Sainte-Baume et au relais culturel d'Aix-en-Provence.

C'est dans cette Provence qui l'a si chaleureusement accueillie, qu'elle sera sauvagement agressée chez elle, un soir d'octobre 1985. Grâce à la volonté médicale, elle survit blessée et handicapée à vie. Revenue dans sa maison après plusieurs semaines d'hospitalisation, à demi aveugle, elle écrit a son agresseur et, petit à petit, s'impose à elle l'idée du pardon. " ... non pas le pardon qui oublie, mais celui qui se souvient pour aimer davantage ... " écrit-elle , demandant au Seigneur : "Pardonne-lui, parce que je Te le demande et que le prix de ce pardon, je l’ai payé."

Le livre "I.'agresseur " recevra en 1987 le prix des libraires religieux. En 1988, Francine écrira un recueil de poèmes adressés au Seigneur qui a pour titre : "Le soir venu". "J'écris ce livre, dit-elle dans l'avant-propos, pour ceux qui chantèrent et chantent encore les colchiques dans les prés, les routes d'amitié, les brumes du Nord et le vent, messager fraternel au-delà des frontières... Parce qu'ils entr'aperçoivent l'autre rive, une voix amie, familière, leur murmure qu'il faut aimer toutes les étapes de la vie, même la dernière, puisqu'elle conduit au Seigneur de l'aube et de la transparence".

En 1990, Francine Cockenpot est revenue vivre dans sa Flandre natale. Le 18 septembre 2001, elle est passée sur l'autre rive.

Milou Bonel